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Dernière mise à jour :
dimanche 25 septembre 2016

Mot Clé : Immigration




Album(s) :


coup de coeur Demain je reviendrai / K. Epenoy ; S. Blondel Salomon. - Atelier du poisson soluble. 2013

Les phrases sont courtes, griffonnées sur des bouts de papier froissé, et expriment une détermination sans faille, celle d’un homme qui refuse sa vie de misère et aspire à la liberté, quitte à risquer sa vie en franchissant les frontières. Les illustrations se focalisent sur les mains de l’homme en transit : mains crispées, mains tendues, mains menottées...
Le tout constitue un plaidoyer qui nous amène à envisager de façon intime le point de vue de tous ceux qui vivent dans la clandestinité.
A noter que les droits d’auteurs sont reversés à RESF 25.

coup de coeur Machin Truc Chouette / H. Ben Kemoun ; V. Joffre. - Rue du monde

Machin Truc Chouette, c’est tout ce qu’il mérite comme sobriquet ce nouvel arrivant, lui qui pourtant a un nom : Massicholihaloi. Mais qui ferait l’effort de retenir un tel nom, vu le peu de respect qu’on lui témoigne... Un gars qui parle si mal la langue locale, qui a des mœurs si étranges... Avec le temps, chacun s’accorde à dire qu’il s’investit beaucoup dans son nouveau pays, il participera même aux combats durant la guerre... Mais lorsque Machin Truc Chouette émet le souhait de faire venir sa famille auprès de lui, fin de non recevoir ! Le mépris affiché d’une population qui n’a pas voulu saisir la richesse de l’altérité.
Un texte quelque peu didactique, manichéen et appuyé mais qui peut servir de base à un débat sur la citoyenneté.

coup de coeur Les poings sur les îles / E. Fontenaille ; V. Lopiz. - Rouergue

Luis, émigré espagnol, a appris le français à son arrivée en France lorsqu’il avait 11 ans. Il ne sait aujourd’hui ni lire ni écrire mais quelle importance lorsqu’on peut, comme lui, parler aux oiseaux, aux plantes, à l’imaginaire de son petit fils. Ce dernier, narrateur de l’histoire, l’admire plus que tout et apprend à ses côtés beaucoup plus que ses leçons de lecture et d’écriture (que l’aïeul surveille et accompagne). La poésie d’un être qui s’est construit seul et sait partager...
L’illustration est assez remarquable : les couches translucides qui semblent se superposer donnent une impression de liquidité et expriment surtout une grande symbiose entre le grand-père et la nature, ici luxuriante. « La terre, c’est ma mère ».

coup de coeur Paris-Paradis / D. Jean, Zad ; B. Nemo. - 2 vives voix

Moussa ne peut plus garder ça pour lui : il confie à sa mère Saka-mama ses rêves d’avenir qui le portent vers Paris-Paradis. A chacun de ses arguments (argent, confort, santé...), Saka-mama rétorque, proverbes à l’appui, pour tenter de le dissuader, aidée du grand sage qui lui demande d’apporter son soutien en restant au village. Chacun est à l’écoute de l’autre, appuyant sa réflexion avec des exemples concrets de réussites ou d’échecs dans le grand départ. Mais entre la perspective d’un ailleurs riche de promesses et celle d’une réalité déjà connue, le choix de Moussa est fait...
Un texte fort, sans parti pris, sur l’émigration.

coup de coeur L’ Homme invisible / G. Rapaport. - Circonflexe

Album percutant qui nous interpelle sur cet “autre”, celui qu’on ne veut pas voir, celui qui n’est pas d’ici, plus de chez lui et pas encore d’ailleurs. Les contrastes marqués dans les illustrations, aussi bien au niveau des couleurs cernées de traits forts, que dans les cadrages, permettent au lecteur de se mettre à la place du personnage principal. Cet homme anonyme, porte parole des déracinés, assène les sentiments partagés face à l’indifférence de la masse : la solitude, l’exclusion, la colère, la douleur... la détermination aussi.
La fin du livre positive permet toutefois de redonner espoir en l’humanité.

coup de coeur Tu vois la lune / A. de Lestrade ; A. Bernabé. - Anna Chanel. - (De toi à moi)

L’exode d’une famille vu par les yeux d’une petite fille qui imagine le pays lointain comme un eldorado... Aucune épreuve n’entache son “voyage sur la lune”. L’illustration, montre une réalité en décalage avec les propos de la fillette, plus abrupte, mais reste harmonieuse, en phase avec son enthousiasme. Quand on voit la vie par le prisme de l’eau, trésor absolu.

coup de coeur Les migrants / M. Chiesa Mateos. - Le Sorbier ; Amnesty international

“Ce livre n’a pas de mots. Peut-être parce que les mots sont cachés dans l’attente d’un miracle : un geste.” Aussi, les seuls mots du livre seront ceux de la dédicace de l’auteur, qui évoque l’histoire de sa famille émigrée d’Argentine pour l’Europe.
Un album tête-bêche -en lien étroit avec le thème bien sûr- pour un chassé-croisé de migrations. Celles d’hier et d’aujourd’hui. L’émigration choisie ou celle imposée par la guerre ou l’extrême pauvreté. Les oiseaux migrateurs, porteurs de tant de symboles, traversent tout l’album...
Un album très riche en interprétations, où affleurent les émotions, qui amène à la discussion, à la réflexion, à la prise de conscience.

coup de coeur Missak, l’enfant de l’affiche rouge / D. Daeninckx ; L. Corvaisier. - Rue du monde

L’auteur donne la parole à Missak chassé de sa terre d’Arménie et mort sous les balles allemandes durant la seconde guerre mondiale. L’album entier vibre de la liberté qui a porté Missak et ses camarades, malgré la vie difficile d’immigrés, malgré la guerre. La célébration de la vie, la poésie et la résistance comme mots d’ordre !
En fin d’album, des documents d’archive complètent ce bel hommage aux hommes exilés qui ont donné leur vie pour un pays d’adoption, au nom de la liberté.

Roman(s) :


coup de coeur Banksy et moi / Elise FOntenaille-N’Diaye . - Rouergue (DoAdo), 2014

Darwin, un adolescent très autonome, vit avec sa mère originaire de Somalie qui est chauffeur de taxi à Paris. Sa vie résonne au son de l’amitié et de l’entraide. Jibé, le compagnon de sa mère travaille pour des causes humanitaires et lui-même est très sensible à la condition de vie autour de lui et notamment les familles victimes d’expulsion ou encore de la pauvreté. Un matin, il découvre le mur décrépi qui marque la misère recouvert d"un magnifique tag... ce qui va provoquer sa rencontre avec Bansky mais aussi l’aider à faire la connaissance d’Eva une jeune fille mystérieuse qui passe son temps à dessiner. Ils décident alors de se rendre un soir dans les catacombes afin d’aller taguer leur message...

L’auteur continue à donner sa voix aux plus petits, aux invisibles. Ils sont sans père, sans toit et parfois sans avenir mais toujours au plus profond des valeurs de l’humanité et du collectif. Sans nous ennuyer mais au contraire en prenant la peau d’un adolescent presque ordinaire, Elise nous balade et nous montre la beauté du monde lorsqu’il est sous le signe de l’entraide et de l’action.
Un roman court, tout en nuances qui évoque le sort des oubliés, ceux qui sont restés noyés dans les barques des passeurs, ceux qui ne peuvent pas appeler la police lorsque des enfants sont délogés de leur squatt par des coups meurtriers. Et elle l’illumine en y infiltrant la notion de messages à l’aide de l’art, des tags et de la signature ou encore en découvrant le bonheur d’être, en dépit de tout, entouré par ceux qui nous aiment. Enfin il est question toujours de rester digne quelque soit son destin et de penser à ceux qui ont moins et qu’il ne faut pas ignorer ni oublier. On trouve dans le livre des références à Bansky, l’artiste et graffeur de rue mais aussi en annexe des recettes de cuisine... un vrai trésor complété par une note de l’auteur qui évoque la genèse de son livre.

Un très beau roman social et humain. Marion Uteza

A partir de 13 ans

coup de coeur Refuges / Annelise Heurtier. - Casterman, 2015

Mila revient sur les traces de son enfance en venant passer ses vacances dans la maison familiale de sa grand-mère maintenant décédée. Elle va découvrir l’île de Lampedusa, guidée en cela par la captivante Paola qui lui montre les trésors de cette terre qu’elle va réapprendre à aimer. Sa narration va vite alterner avec des récits de personnages nés en Erythrée et cherchant à s’en éloigner pour survivre par tous les moyens. Un sujet brûlant d’actualité et un roman bien écrit qui donne à réfléchir notamment sur les décisions à prendre en matière d’immigration et de misère humaine. Une belle histoire pour l’héroïne qui apporte sur l’île ses démons personnels et surtout son drame familial. Le dénouement est bien pensé et incite à réagir, à s’ouvrir sur le monde extérieur. Sandy Morel

A partir de 14 ans

coup de coeur Lyuba ou la tête dans les étoiles / Valentine Goby. - autrement, 2014

Lyuba est en France avec sa famille pour pouvoir envoyer de l’argent au pays et plus tard retourner vivre en Roumanie. C’est leur quotidien en France qui est ici raconté du point de vue de la petite fille. Nous découvrons la difficulté de cette immigration subie. Comment prouver l’existence d’un conjoint alors qu’au pays le contrat de mariage n’existe pas ? Comment payer le loyer sans autorisation de travail ? De quelle manière expliquer qu’il faille aux hommes quitter le territoire, passer la frontière, faire signer le constat de leur départ à la douane pour ensuite... revenir aussi vite ? C’est une vie au jour le jour, faite d’espoir et d’efforts toujours renouvelés. C’est aussi la capacité de s’émerveiller pour les moments les plus simples et les plus beaux comme la découverte du ciel et de ses étoiles. L’écriture allie avec justesse ces deux facettes qui sont proches de cette réalité.

Dans l’album publié en 2012, le récit se faisait sur un fond style carnet de route qui renforçait la véracité de l’histoire. Les dessins à l’aquarelle étaient un atout dans cet album dur et fort.
Aujourd’hui ce très beau texte est publié dans un petit format sans perdre la force de ce texte qui reste accompagné de très douces illustrations crayonnées. Il est complété par un dossier sur l’immigration Rom en France qui comporte une chronologie, une carte, un lexique et des informations nécessaires pour mieux comprendre ce peuple.

A qui destiner cet ouvrage ? A toute personne désireuse de mieux connaître ceux que parfois nous croisons ! Un récit émouvant qui retrace le dénuement et la fierté de ces hommes et enfants. Marion Uteza

A partir de 11 ans

coup de coeur Une arme dans la tête / Claire Mazard. - Flammarion (Tribal), 2014

Apollinaire, enfant soldat en Afrique, s’échappe. Il rencontre un prêtre qui l’aide à rejoindre la France où il devient un "mineur isolé". Son parcours d’enfant écorché est raconté à la première personne. Apollinaire revit avec nous les tableaux de sa vie qui le hante. Mais c’est aussi de reconstruction qu’il s’agit. Comment réintégrer le fleuve de la vie ? Comment racheter ses fautes ? Accepter de vivre va passer par de belles rencontres, simples et intenses... le chemin du héros empruntera aussi ’exploration d’autres langages avec la découverte de la poésie et de la photo.

Un roman fort qui nous plonge dans la condition d’enfant soldat. On apprend leur recrutement et les techniques de manipulation mises en oeuvre pour les maintenir en état de dépendance. Il faut un élément déclencheur pour permettre à Apollinaire de s’arracher à cet esclavage. Mais l’auteur s’intéresse autant à l’après, aux multiples tentatives nécessaires de désintoxications et surtout à la nécessité de regarder son passé pour arriver ensuite, peut-être, à tourner la page ou tout au moins en ouvrir une nouvelle. L’écriture suit avec justesse les hésitations du héros. Fragmentée au début du livre, elle colle au héros. L’introduction du monde de la poésie et de la photo est une réussite. Intéressant ! Marion Uteza

Autre lecture : C’est un livre fort et violent, écrit à la première personne, qui parle d’un jeune, Apollinaire, qui s’est fait enrôler dès l’âge d’onze ans dans un commando en Afrique. Son compagnon Wamba a été tué parce que ce n’était pas un « impitoyable guerrier ». Apollinaire se retrouve dans un foyer en France mais il est marqué psychologiquement par son passé. Il repasse dans sa tête toutes ses scènes de violence. Mais le roman se termine avec de l’espoir, l’espoir de revivre, d’aimer et de s’accepter avec son passé criminel (dans les dernières pages, on apprend qu’il a tué un petit enfant !). Nathalie Bertin

A partir de 14 ans

coup de coeur Aux délices des anges / Cathy Cassidy. - Nathan, 2014

Anya quitte la Pologne avec ses parents et sa petite soeur pour s’installer à Liverpool. Le choc est rude. A la place de la maison et de la vie rêvées viennent les problèmes financiers et les difficultés pour communiquer. Heureusement, la jeune fille finit par se lier d’amitié avec notamment la terreur du collège ! Dès lors, la pire des déconvenues serait de repartir pour Cracovie ! Un joli roman qui traite sans larmoyer mais avec réalisme des difficultés liées à l’intégration des immigrés. La pâtisserie apporte une certaine gaité au récit qui prend au final l’allure d’un conte de Noël sans jamais occulter le doute et la peur de ne pas réussir à s’intégrer. L’espoir naîtra de l’entraide, tant au niveau des jeunes que des adultes... Marion Uteza

Ce livre aborde un thème qu’il semble nécessaire d’aborder aujourd’hui. L’immigration, oui, mais bien plus, l’intégration. Par conséquent, se retrouver en tant que lecteur dans la peau d’une jeune polonaise nouvellement arrivée en Angleterre est plus qu’intéressant. Cela invite à prendre du recul, à comprendre, à éprouver de la compassion et non de la peur, malheureusement engrangée par les faits divers et les médias. Le texte en lui-même n’est pas franchement original et l’écriture est vraiment moyenne. Ne parlons pas des ficelles plus que grosses, énormes. Retenons la sincérité de l’auteur qui ressort dans le personnage. Juliane

Collège

coup de coeur La migration des canards / E. Gonçalves. - Ecole des loisirs. - (Théâtre)

Cette pièce de théâtre raconte la souffrance d’une fille d’immigrés, gardiens d’immeuble. Son père-tyran croit pouvoir offrir un avenir meilleur à cette écolière de dix ans en employant des mesures coercitives, il l’isole et voyant que cela n’aboutit à rien, la frappe. Il maltraite aussi la mère qu’il juge responsable de cette situation.
Meurtrie par la souffrance et la solitude forcée, l’enfant se mure peu à peu dans le silence et entre dans une spirale d’échec scolaire.
Une façon singulière et percutante d’aborder le thème de la maltraitance et de la tyrannie dans la cellule familiale.
Autre lecture
Un père issu de l’immigration se sert de la violence en croyant ainsi permettre à sa fille d’échapper à sa condition sociale. Pas de vacances, pas de sortie mais une vie rythmée par les coups. La stratégie mise en place par le père pour éviter la différence ne réussit même pas à empêcher celle-ci d’éclater à l’école... Que reste-t-il à l’enfant ?
L’auteur de cette pièce de théâtre nous fait entendre tour à tour trois voix : celles des parents et celle de l’enfant. Les mots sont terribles. Il n’y a pas de jugement mais un simple constat. Chacun campe son rôle et il ne reste à la petite fille que le vol des canards sauvages pour laisser un peu d’espoir dans cette tragédie.
« L’enfant sait que le père est capable de beaucoup
Le père est fort et courageux
Le père agit quand il faut
Le père est pragmatique
Il varie le nombre de coup
Leur intensité
Le matériel
L’ endroit de la frappe selon la faute à corriger
 »

coup de coeur La fille qui parle à la mer/Le garçon au chien parlant / C. Galea. - Rouergue. - (Boomerang). 2013

Oyana doit quitter son pays, traverser la mer, apprendre à nager pour l’apprivoiser. Sage précaution, le bateau sur lequel elle, sa famille et tant d’autres sont entassés ne résistera pas à la tempête. De l’autre côté, sur le rivage, apparaît un garçon et son grand chien…
Au recto, ou au verso peu importe puisque les histoires sont indissociables, Loïc prend le relais du récit en accueillant Oyana. Ils s’apprivoisent, se reconnaissent…
Troublant de voir cette histoire d’émigration traitée avec tant de douceur et de poésie. Oyana est déterminée à franchir l’océan, Loïc l’est également à sa manière de lui faire une place : deux personnes se trouvent, dépassant la douleur pour se concentrer sur l’avenir.
Autre lecture
Un garçon et son chien découvre une fille sur la plage. Il pense qu’elle est une fée. Mais la réalité, plus terrible, nous est peu à peu dévoilée... La seconde partie du récit nous permet d’entendre la voix de la jeune fille et donc "sa réalité".
Une histoire dont la construction, la division d’un même événement en deux regards différents, mêlent étroitement poésie et drame. Un texte qui illustre bien l’effet boomerang. Ce beau récit peut servir de départ pour aborder la tragédie des migrants.
« Je crois que je me suis endormie. Je crois que je suis fatiguée. Je crois que la mer est folle. Je crois que je retourne au village. Je crois que je grandis d’un coup. Je crois que le bateau se renverse. Je crois que la mer me prend dans ses bras. Je crois que je nage. Je crois que je rêve »

coup de coeur Traversée / E. Savasta. - Ecole des loisirs. - (Théâtre)

Un magnifique texte théâtral, qui soulève chez le lecteur une vague d’émotions intenses. Une écriture sobre et puissante. Les deux héroïnes, dont l’une est sourde et s’exprime en langue des signes, sont unies par un lien très fort et rien ne semble pouvoir les séparer. Mais elles vivent dans un pays totalitaire où les femmes ont un avenir tout tracé. Youmna transmet sa force à Nour et elle lui permettra d’échapper à la condition à laquelle son avenir de femme sourde et soumise semblait la destiner.
Autre lecture
Pièce de théâtre en trois actes. Nour vit avec Youmna qui est sourde. Elle l’élève comme sa fille, à l’aide d’un fort rituel quotidien, jusqu’au jour où la mère naturelle de Nour la réclame. La seconde partie de l’histoire est consacrée au voyage, à la traversée vers un ailleurs. Enfin c’est l’arrivée et la nécessaire reconstruction avec comme clé la petite boîte que Nour ne doit ouvrir que lorsqu’elle sera femme...
L’écriture poétique, remplie de monologues, est belle et envoûtante. L’histoire est forte. Elle interroge sur ce qui fait une mère et les renoncements qu’elle implique. La fin, surprenante, éclaire différemment tout le récit. Un beau texte.
« Je suis comme un colis qu’on déplace d’un endroit à un autre. On demande rarement à un colis son avis sur la situation. Je ne peux pas voir le paysage. J’ai chaud. Je crève de soif au milieu de ces fruits pleins d’eau. Celle que je vais rejoindre a dû s’imaginer que je voyagerais comme une princesse. La vérité c’est que je voyage comme une pastèque. »

coup de coeur Promesses / J. Billet. - Le Muscadier. - (Place du marché)

Place du marché, une nouvelle collection engagée de textes courts, à lire dès le CM.
Dans ce petit format, deux nouvelles autour de l’amitié et de l’intégration, que lient deux gamins très différents mais soudés pour la vie : Promesse et Le Fil invisible.
La première -et la plus forte- raconte la difficile arrivée en France d’un jeune garçon qui a fuit la guerre, sans sa famille, pour s’assurer un avenir. Nouveau pays, nouvelle langue, mais surtout apprentissage de l’amitié, de celle des promesses que l’on tient....
La seconde voit Sarah et Fred trouver la force d’imposer leur volonté de rester voisins alors que s’annonce la destruction de leur immeuble. Ensemble, ils se feront entendre et trouveront même leur exutoire commun.
Où comment l’amitié permet de traverser toutes les épreuves...

coup de coeur Le banc / S. Kao. - Syros. - (Tempo). 2013

Alex bol de riz, Alex tronche de nem, tels sont les inscriptions qu’Alex peut lire sur le banc où il déjeune. Sybille se propose de l’aider à découvrir qui peut inscrire ces messages aussi pauvres qu’imbéciles.
Au-delà de la petite intrigue policière, c’est la vie d’Alex que l’on découvre : ses parents taïwanais ont émigré en France mais son père n’a jamais réussi à s’intégrer, a préféré repartir, espaçant de plus en plus ses visites en France. Alex doit composer avec cette incertitude (son père n’est plus venu depuis si longtemps), avec les ragôts des voisins compatriotes qui comprennent mal cette situation, et maintenant avec les préjugés de ses camarades de classes qui s’expriment sournoisement.
A l’âge où l’identité est en construction, cette problématique de l’immigration rajoute au trouble du jeune homme. Mais entouré d’une mère aux petits soins, d’amis fidèles, Alex surmontera tout cela sans grandes blessures.
Roman pour jeunes (8-12 ans) bien senti sur le thème.

coup de coeur Les enfants de Babel / E. Cansino. - Ecole des loisirs. 2013

Ce roman présente un joli méli-mélo de personnages et de sentiments. On retrouve un peu de soi dans chacun des habitants de cette tour de la banlieue de Séville. A leur manière, ce sont tous des héros ordinaires qui, par leurs parcours, leurs choix de vie et leurs erreurs, offrent une belle leçon de vie, simplement. Le roman est empreint d’une douce lenteur et de philosophie portée par le personnage d’Angel, enseignant oui, mais plus que cela ! Au final, ce roman aborde la transmission sous toutes ses formes. Il en ressort tant d’émotions et de fragilité qu’il est impossible d’y rester insensible.
Autre lecture
Un roman espagnol dont l’intrigue se déroule pour l’essentiel dans la grande tour d’une cité à la dérive. Première (petite) surprise : les cités espagnoles semblent identiques aux cités françaises : les mêmes graffitis, trafics et immigrés clandestins. Deuxième surprise : le personnage principal de ce roman pour ados -héros pourrait-on dire, tant il est courageux et sympathique- est un adulte, un professeur de philosophie d’une cinquantaine d’années. Il est en contact permanent avec des jeunes du lycée et de la tour mais a sa propre vie d’adulte, de solitude suite à la mort de sa femme et de responsabilités professionnelles. Responsabilités complexes. A-t-il le droit ou le devoir d’aider un élève africain à faire entrer clandestinement son jeune frère en Espagne ?
Un roman remarquable et exceptionnel qui fera grandir ses jeunes lecteurs. Coup de coeur de David

coup de coeur Reborn / T. Robberecht. - Mijade. - (Zone J)

2064. Sur terre, l’air est devenu difficilement respirable, les eaux engloutissent les pays de toutes parts, il devient urgent de partir. Certains ont déjà colonisé la planète Reborn. Mais les pionniers maintenant bien installés refusent d’accueillir les nouveaux venus pourtant acculés. Ces Invasifs, pourchassés, sont reconduits sur Terre lorsqu’ils sont attrapés. Chuong a réussi à passer entre les gouttes, survit comme il peut avec la complicité d’Angèle. Lorsqu’il la découvre blessée chez elle, il appelle les secours, s’exposant ainsi à la police. Il devra raconter son histoire, prendre le risque d’être accusé de tentative de meurtre.
L’intrigue se complexifie ensuite lorsqu’on découvre l’identité du fils d’Angèle (cet aspect était-il bien nécessaire ?)...
Beaucoup d’humanité chez les deux personnages principaux, pour contrer un monde hostile aux plus faibles. Le roman donne l’occasion d’aborder avec les plus jeunes des problèmes d’actualité...
Autre lecture
Reborn accueille les terriens qui ont fui leur planète en perdition. Mais depuis peu, la nouvelle administration refuse d’accepter de nouveaux réfugiés. Seule solution : prendre des passeurs et ensuite arriver à se faire oublier. Mais ces émigrés n’ont pas la puce d’identité et peuvent à tout moment être expulsés.
Nous suivons l’histoire de Chuong, originaire du Vietnam. Il tente de survivre jusqu’au jour où il découvre une vieille dame en train de mourir. Plutôt que de l’abandonner à son sort, Chuong décide d’appeler les secours, se condamnant ainsi à dévoiler sa propre existence... Qui a tenté de tuer la vieille dame ? Pourquoi ? Quel sera le destin de Chuong ?
Plus qu’un livre de science-fiction, Reborn parle plus largement du partage des richesses et des politiques d’immigrations. Si le thème de l’environnement est bien présent, il reste néanmoins en arrière plan. L’histoire est intéressante même si l’ensemble reste un peu froid...
« Le bonheur de vivre en paix sur une nouvelle planète, jour après jour, s’y habituer, s’y faire des amis, est directement proportionnel au désespoir d’être obligé de la quitter. Comment vous expliquer ce sentiment ? C’est un peu comme si vous marchiez dans la neige et le froid vers un chalet éclairé et chauffé par un bon feu de bois. Le chalet représente les papiers d’identité. Vous marchez péniblement un an, deux ans, quatre ou cinq longues années, le chalet se rapproche un peu chaque jour, vous pensez que bientôt vous y arriverez quand soudain, l’immense main de l’administration s’empare de votre petit corps et vous renvoie chez vous d’une pichenette. »

coup de coeur Recto verso / I. Thobois ; Téobaldi. - Thierry Magnier. - (Photoroman)

Deux jeunes adultes en détresse. Tarik, immigré sans papier, planqué sur le port, dans un container. Rose, révoltée, perdue, s’amuse de petits mensonges pour donner un sens à sa vie. Deux personnalités qui cherchent les limites de l’autre, dans les contrastes, l’émotion, la tendresse...
Autre lecture
Deux narrateurs vont se partager les pages de ce roman : Tarik, jeune tunisien ayant fui son pays après le printemps arabe ; Rose, jeune ado un peu frondeuse et arrogante qui aime à raconter des craques. S’il y a bien rencontre, elle a un arrière goût amer. La réalité sordide du jeune sans papier ne pourra croiser celle de l’enfant gâtée qu’un court instant. Rose ne prendre la mesure de ce qui se jouait que bien après, à la lecture d’un article de journal : 8 réfugiés tunisiens arrêtés… Ses mensonges n’ont plus lieu d’être, Rose sait maintenant la vérité qu’elle veut défendre.

coup de coeur Guerre et si ça nous arrivait ? / J. Teller. - Les grandes personnes

Et si le court des choses s’inversait ? Si la France était en guerre et qu’on devait la quitter, s’exiler pour survivre à l’étranger ? Réfugiés politiques dans un pays différent où le racisme rôde, où notre place n’est pas évidente, comment ferions-nous ? Et quel grand écart entre notre pays d’origine et celui où nous nous sommes reconstruits ? Quels compromis ?
Un roman sec, brut, qui en inversant les rôles, pose la question de la tolérance des uns et de l’adaptation (bon gré, mal gré) des autres.
Autre lecture
"Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France... où irais-tu ?" C’est sur ce postulat que repose tout le principe du livre. En interpelant le lecteur, Janne Teller l’invite à se mettre dans la peau d’un personnage vivant la terreur de la guerre, pour soi et les siens ; la nécessité de partir dans un autre pays, en Moyen Orient en l’occurrence ; la difficulté de s’y acclimater.
Ce petit roman format passeport retrace, en 50 pages, une vie d’angoisse et de déracinement et nous renvoie à cette question fondatrice : « chacun de nous peut-il s’inscrire dans ces valeurs fondamentales : Tous les humains naissent libres et égaux en droits / Agissez envers les autres comme vous voudriez qu’ils agissent ? ». Texte efficace.
Autre lecture
"Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France..." Nous suivons le destin d’un jeune garçon qui se voit obligé de fuir avec une partie de sa famille son pays pour des raisons à la fois économique et politiques. Le froid, la faim, la maladie, des convictions politiques, des valeurs, la peur... autant de facteurs déclencheurs pour chercher un ailleurs. Mais la condition de réfugié est-elle meilleure ?
Ce court texte nous propose de réfléchir au statut des réfugiés. Très dense, il évoque les différents aspects du problème. Un livre intéressant pour débattre.

coup de coeur Qui es-tu, papa ? / A. Stratton. - Bayard. - (Millézime)

Sami est à un âge où la relation avec le père devient plus distendue. Sami a ses potes, pas facile devant eux de composer avec ce père strict, religieux et musulman pratiquant. Mais tous les deux maintiennent un lien malgré tout, ils ont même prévu de passer un WE ensemble au Canada. Très vite annulé par son père… Dépité, Sami mène son enquête et découvre des choses qu’il ne s’explique pas. Lorsque le FBI pénètre au petit matin chez eux et embarque le père pour soupçon de terrorisme, les repères de Sami s’effondrent. Il découvre, avec ses amis, des secrets qui n’ont strictement rien à voir avec des actes de terrorisme... Une réalité que la société, obsédée par la sûreté nationale, n’est pas allée dénicher.
Cet emballement autour d’une histoire singulière révèle la difficulté de s’intégrer dans une société quand on est différent, d’autant plus lorsqu’on est musulman aux États-Unis après 2001 ; et la force des médias qui propagent les soupçons plus rapidement que la vérité. Sami, dans la tourmente, raisonne posément et se bat pour la liberté.

coup de coeur Un cargo pour Berlin / F. Paronuzzi. - Thierry Magnier

L’histoire commence à Saïda en Algérie et se termine à Tanger, au Maroc. En chapitres alternés -avant (Nour) et maintenant (Youness)- on suit le parcours d’une jeune fille à l’avenir brillant qui s’est laissée séduire par le beau neveu de sa patronne. Enceinte et rejetée par sa famille, elle veut fuir pour l’Europe, déguisée en garçon, avec Tariq, enfant de la misère qui a toujours rêvé de partir pour Berlin. Les deux amis s’unissent pour fuir et rejoignent le flot des harragas qui tentent le voyage vers l’Europe … Un texte court et dense qui décrit avec justesse et pudeur les raisons de leurs tentatives, les conditions du voyage dans les pays de départ et l’attente fiévreuse pour la traversée ou pour une autre vie. C’est un texte clair, documenté, avec une touche d’espoir pour les deux héros qui rendra leurs destins respectifs supportables.
Un roman très attachant sur un thème d’actualité qui délivre de nombreuses informations sans en avoir l’air, que ce soit sur la condition des femmes, l’absence de perspectives, le trafic lié aux voyages… Coup de coeur de Mireille

coup de coeur Chenxi et l’étrangère / S. Rippin. - Mijade

Anna est une australienne de 18 ans qui arrive en Chine avec toute l’insouciance et l’inconscience d’une toute jeune occidentale, étrangère aux problématiques du pays. Tout ce qui la préoccupe, c’est Chenxi, ce beau chinois, artiste comme elle, qui est son interprète. Elle est amoureuse, obnubilée et ne songe pas un instant à ce que leur relation peut impliquer en cette année 1989, à l’aube des évènements liés au 4 juin. Outre la découverte d’un pays et de son mode de vie, c’est toute la distance -le fossé- qui séparent deux régimes politiques qui nous est donnée à voir ici. Ce que nous pouvons considérer comme de l’égoïsme et de la candeur de la part d’Anna évolue à mesure qu’elle prend conscience des enjeux de ce qui leur arrive.
Le roman s’appuie sur la propre expérience de l’auteur qui vécut en Chine de 1989 à 1992 et y étudia la peinture.
Autre lecture
Shanghaï en 1988-1989 vue par une Australienne de 18 ans, bardée de certitudes, qui pense avoir la fibre artistique et qui passe 4 semaines chez son père installé en Chine pour affaires. Dès qu’elle voit Chenxi, étudiant en Arts et payé pour la guider dans Shanghaï c’est le coup de foudre… Son objectif principal devient alors la conquête du jeune homme dont les préoccupations sont d’un autre niveau : vivre, survivre, échapper à la police politique et à la répression, construire une Chine plus libre sans modèle… même conquis Chenxi n’a aucune envie de fuir pour se réfugier en Australie. Anna rentrera seule pour mettre au monde leur bébé.
On peut être sensible à l’histoire d’amour et aux descriptions animées de la ville chinoise de l’époque. Mais le point de vue choisi est celui d’une jeune fille centrée sur ses problèmes personnels et la satisfaction de son amour qui se révèle incapable de comprendre les contraintes auxquelles sont soumis Chenxi et ses amis.

coup de coeur Miettes de lettres / A. Thiollier. - Seuil. - (Chapitre)

C’est un roman documentaire qui nous donne beaucoup de détails sur la vie des Chinois du treizième arrondissement de Paris, à travers l’histoire assez sommaire de Fengfeng, jeune ado de 12-13 ans qui bosse dur pour réussir à l’école mais a quelques difficultés pour faire sa place et dont les parents triment pour rembourser l’argent emprunté pour venir en France. L’occasion de traiter de nombreux aspects intéressants. D’un côté : le folklore des fêtes, les croyances, la cuisine traditionnelle... ; de l’autre, les dures réalités du travail, de la pauvreté, de la clandestinité et de la pression communautaire et familiale. Tiraillé entre ses deux cultures, Fengfeng fait au moins deux découvertes importantes : il est capable de surmonter sa timidité pour résister aux pressions ; il est doué non seulement pour les maths mais également pour l’enseignement : il sait clairement et patiemment les expliquer à son cancre de copain. L’avenir, donc, s’annonce meilleur, et l’Education nationale peut encore être un moyen d’intégration et d’ascension sociales !

coup de coeur Ibrahim, clandestin de 15 ans / A. Kalouaz. - Oskar. - (Histoire et société)

Pas le temps de faire son deuil, il faut déjà songer à l’avenir : Ibrahim doit fuir le Soudan, juste après la mort de son père, pour sauver sa peau. Avec son oncle, il tente le grand voyage pour l’Angleterre. Une fois là-bas, ils pourront faire venir son petit frère et sa mère. Mais le chemin est long encore...
Le récit montre la nécessité vitale du départ, le long et terrible périple à accomplir pour gagner l’Europe (Grèce, Italie) puis le cul de sac de Calais d’où tous les hommes tentent de joindre l’Angleterre.
On devine qu’Ibrahim est un prétexte à la fiction, le plus important étant les informations données sur le monde des clandestins. Cependant il est crédible, éprouve des sentiments personnels, il découvre un monde nouveau loin de ses attentes, il est suffisamment attachant pour que le récit ne soit pas qu’un documentaire. Le récit est complexe et s’attache à décrire toutes les fraudes possibles et les trafics liés à cette immigration clandestine mais aussi la force, la solidarité et l’intelligence de ces hommes confrontés à des situations inimaginables.

coup de coeur Il y avait un garçon de mon âge juste en dessous de chez nous / T. Sollogoub. - Ecole des loisirs. - (Médium)

Un jour il est arrivé et il a changé le monde de Jacques. Dans leur cabane nichée dans l’arbre, Anton raconte toutes les histoires merveilleuses, un peu effrayantes mais surtout fascinantes, de sa Russie natale. Puis un jour, aussi brutalement qu’il est arrivé, Anton disparaît. On dit que les chagrins d’enfants passent. Mais les parents de Jacques comprennent que c’est important pour lui de savoir ce qu’il s’est passé. Pour ses 13 ans, Jacques part donc en Russie, avec sa mère, à la découverte de ses rêves… Rêves qui se transforment en cauchemars, rencontres et ambiances exubérantes, inquiétantes, tout paraît possible, le pire et le merveilleux.
Un texte qui évolue crescendo au niveau de la force de l’écriture et de l’émotion, qui voit grandir Jacques sans qu’il soit pour autant abimé par la réalité.

coup de coeur Le temps des miracles / A.-L. Bondoux. - Bayard. - (Millézime)

Koumaïl a passé sa vie sur les routes : fuir la guerre et les violences ; chercher des horizons plus sereins ; partir sur les traces de sa mère biologique... Ainsi, du Caucase à la France, de la petite enfance à l’adolescence, Koumaïl multiplie les rencontres et les aventures, toujours accompagné de Gloria qui aime à lui raconter comment elle l’a recueilli lorsqu’il était tout-petit. Ils vivent tous les deux dans le dénuement le plus total sans jamais se départir d’une confiance pugnace dans l’avenir. Cet optimisme délibéré confère à leur quête un goût de liberté et au lecteur la force de croire en l’homme et en l’avenir. “Il ne faut jamais désespérer du genre humain. Pour un homme qui te laisse tomber, tu en trouveras des dizaines d’autres qui t’aideront à te relever, d’accord ?”
Quel plaisir de retrouver Anne-Laure Bondoux dans cette histoire vivante, poignante et atypique, d’une relation mère-fils qui ne dit pas son nom… Et comme cette auteure est décidément très sympathique, elle devine qu’on aura du mal à quitter ses personnages et nous offre de demeurer, grâce à son site, un peu plus longtemps dans son univers. Coup de coeur de Myriam et Julie

coup de coeur Le dos au mur / C. Lambert. - Intervista. - (15-20)

2019. Aboutissement logique de notre obsession de l’immigration illégale et des murs que nous construisons pour exclure les pauvres du tiers monde : la nouvelle mode dans la télé-réalité, c’est de permettre à 200 émigrés mexicains de tenter de passer la frontière. Un seul bien sûr sera gagnant. On suit le parcours de plusieurs candidats, qui concourent tous pour des raisons différentes.
Le message politique est relégué en arrière plan et l’auteur privilégie une intrigue digne des séries américaines avec force rebondissements et violences en tous genres. D’où une lecture efficace mais un peu désincarnée.

coup de coeur Tu peux pas rester là / J.-P. Nozière. - Thierry Magnier

Mei, 10 ans, et sa mère vivent en France depuis 6 ans. La Chine, c’est pour l’une et l’autre un pan de leur histoire qu’elles ont relégué dans le passé. Mais la France en a décidé autrement et légifère pour expulser massivement les "sans-papiers". Que la loi soit appliquée, qu’on fasse du chiffre, qu’importent les drames personnels !
Mei est une petite fille au caractère affirmé ; aidée de ses amis et des gens de son quartier, elle organise la résistance.
On peut faire confiance à Jean-Paul Nozière pour éviter tout happy end facile. Il veut éveiller les consciences et oppose à la politique une solidarité essentielle.
Autre lecture
Mei, dix ans, vit avec sa mère Hua à Sponge. Elles sont venues clandestinement de Chine en France et n’ont pas de papiers. Mei avait alors 4 ans. Hua travaille aujourd’hui dans un atelier de confection pour rembourser sa dette à ceux qui les ont fait venir. Et les exploitent. Un durcissement de la position des autorités françaises va mettre Mei et Hua en danger. Un sujet malheureusement d’actualité.
Les personnages sont vraiment très attachants. La petite chinoise nous semble parfois avoir bien plus de 10 ans, dans sa façon de parler, de manipuler les autres et de faire face à son histoire. Elle prend en main très rapidement les choses tandis que sa mère porte le poids du mensonge et ne désir qu’une chose : se fondre dans le silence. Nous sommes quelquefois dans la caricature et dans des situations parfois un peu irréaliste, comme ce gendarme qui mettra sa carrière en jeu pour aider cette famille menacée d’ « OQTF », « Obligation de Quitter le Territoire Français ». L’auteur reste à distance, décrivant une situation et laissant le lecteur seul juge. A lui de faire son propre jugement. On retrouve ceux qui sont pour la loi, ceux qui n’en ont rien à faire et ceux qui ne sont pas d’accord, les révoltés. Une Europe barricadée de plus en plus, une France qui ferme ses portes ET SES FENÊTRES. Dans l’indifférence.
Jean-Paul Nozière lance un appel à éveiller les consciences et rend hommage à la solidarité humaine pour que les choses ne soient pas oubliées, car avant toute chose il aime la vie et demeure toujours positif. Une littérature qui s’empare des combats les plus nobles.
A l’origine de ce roman : une photographie réalisée par un photographe Italien. Elle représente deux petites filles, des rooms, allongées sur une plage en Italie, mortes, dans l’indifférence complète. Par la suite, cette image bouleversera l’opinion publique et sera l’objet de critiques dont le photographe se défendra. Claude Gouin propose :

Interview de J.P. Nozière
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Reportages sur France3 Bourgogne/Franche-Comté

coup de coeur Le chemin de l’exil / J. Gavin. - Gallimard. - (Folio Junior)

L’exil s’annonce par le départ de la famille Chadwick qui quitte l’Inde après un drame familial. Puis ce sont Marvinder et son frère Jaspal qui sont contraints de partir en Angleterre pour fuir les massacres communautaires de l’Inde juste après l’indépendance. Ils espèrent y retrouver leur père, émigré plusieurs années auparavant. En chemin, ils perdent la trace de leur mère et doivent affronter mille difficultés pour arriver à destination : Londres. Ils découvrent un pays aux mœurs différentes de leur campagne indienne, et un père qu’ils ont très peu connu, si loin de leurs racines sikh…
C’est toute une époque qui est retracée ici (l’indépendance de l’Inde et la partition du pays) ; l’Histoire en marche et les drames intimes tracent les destins de ces deux enfants auxquels on s’attache très vite. Leur détermination est sans failles : ils ne perdent pas de vue qu’ils doivent retrouver leur père pour le ramener au pays.

coup de coeur La vallée de la jeunesse / Eugène. - La Joie de lire. - (Rétroviseur)

Eugène, écrivain suisse, choisit une approche particulière pour nous raconter sa vie : tout en gardant un ordre chronologique, il parlera de lui au travers d’objets, ceux qui lui ont "fait du bien" et ceux qui lui ont "fait du mal". Des files d’attentes sans fin de la Roumanie de Ceausescu aux voitures rutilantes de la Suisse, Eugène s’attache aux petits détails qui peuvent avoir une si grande importance.
La force de cette biographie est d’arriver à nous faire vivre les émotions de l’auteur avec intensité. Le recul de l’adulte sur sa vie n’empêche à aucun moment l’identification, grâce à un langage qu’il place à la hauteur de l’enfance et à une sincérité dont on ne doute jamais.
Un parcours d’émigré, d’artiste et d’homme très touchant. Pour bons lecteurs.

coup de coeur Kaïna-Marseille / C. Zambon. - Actes Sud. - (D’une seule voix)

Récit intime, court (60 pages), dit comme en un seul souffle...
C’est un texte intense, lourd du parcours singulier de Mamata, petite fille de Kaïna.
Mamata quitte l’Afrique, pour échapper à un mariage forcé. Elle doit se rendre à Marseille. Mais ce voyage à la destination salvatrice s’accompagne de souffrances face à la dure réalité du monde des femmes africaines et de celui de l’immigration.
Une sorte de parcours initiatique qui malgré sa violence, fait preuve d’une foi en la vie impressionnante.

coup de coeur Si loin de chez soi / E. Wiseman. - Ecole des loisirs. - (Médium)

A place not home, tel est le titre original de ce roman, publié depuis 10 ans au Canada. Eva Wiseman, d’origine juive hongroise, immigrée au Canada, s’inspire très probablement de son expérience pour nous livrer un récit troublant sur le courage humain.
Du jour au lendemain, Nelly, une adolescente de treize ans, doit quitter la Hongrie avec sa famille pour fuir les évènements d’automne 1956. Commence alors une longue errance pleine de privations et de précarité ; Nelly doit mûrir, vite, s’adapter à des situations difficiles pour son âge. Dans l’épreuve, elle cherchera par tous les moyens à écrire.
Dans ce livre, on prend connaissance d’une partie mal connue de l’histoire : l’insurrection de Budapest en 1956, le chaos qui régna, rappelant beaucoup trop la période nazie. A travers les yeux d’une adolescente qui entre brusquement dans la vie adulte, on mesure la difficulté de la fuite, de l’expatriation et de la reconstruction dans un pays étranger, en l’occurrence le Canada.

coup de coeur Clandestins / L. Baba. - Glénat. - (Zone J)

Un récit qui nous fait vivre le quotidien de deux adolescents en alternance : Casper vit à Liège avec sa mère. Son quotidien ? Les disputes avec sa mère, ses potes un peu « zone », et les visites à sa grand-mère qui vit dans une maison de retraite et avec qui il aime partager un petit verre de rhum...
A l’autre bout de l’Europe, au Kosovo, vit Vahide. Elle doit fuir son village et se retrouve dans un camp de réfugiés, avant d’arriver avec une partie de sa famille à Liège où elle espère obtenir le droit d’asile. En attendant la réponse de l’administration belge, ils sont logés en face de chez Casper...
La fin (avec l’enlèvement de la grand-mère) peut sembler rocambolesque mais l’intérêt de ce roman réside surtout dans le parcours de réfugiée de Vahidé et dans la solidarité qui unit les 2 ados.
Un style acéré, peut être quelquefois elliptique pour les plus jeunes mais des personnages attachants, qui courent après la liberté.

coup de coeur Baïti baïtak / A. Bernard. - T. Magnier

Malik arrive tout juste du Yémen et emménage dans le petit appartement de sa tante. La désillusion est immédiate, la vie en France ne correspond pas à ce que cette tante décrivait dans ses lettres. Elle est rude, inhospitalière, peut se révéler humiliante. Malik regrette son pays et se fige dans une carapace froide et agressive. Sa tante, qui se perdait dans des rêves de richesse et de reconnaissance sociale, finit par repartir au pays. Malik quant à lui, réconcilié avec son passé, choisit de rester en France et de changer son regard en privilégiant l’humanité.
Une vision sans concession de notre rapport à l’altérité mais d’où tout espoir n’est pas absent.

Et aussi... :


coup de coeur Mon voyage inoubliable : un artiste indien hors de chez lui / B. Shyam. - Syros

En 2002, pour décorer de fresques son nouveau restaurant londonien, le créateur indien Rajeev Sethi fit appel à Bhajju Shyam, un jeune et brillant artiste aborigène du groupe tribal gond, en Inde centrale. Issu de l’une des franges les plus pauvres et les plus marginalisées de la société indienne, celui-ci n’avait encore jamais quitté son village natal. Le voyage lui révéla la modernité du monde. De cette confrontation est né un livre, atypique, récit illustré d’un voyageur étonné qui découvre la nouveauté avec une grande fraîcheur. L’ont marqué particulièrement les moyens de transports, mais aussi le restaurant, le pub, ou encore le temps qu’il fait et le temps qui passe. Les illustrations sont déroutantes, plus significatives que représentatives : « Nous, les Gond, avons une façon bien à nous de penser et de dessiner le monde. La réalité ne nous intéresse pas. Seule compte notre vision intérieure. » En marge du récit, l’artiste a mis ses tableaux en mots : il décrypte ses œuvres, explique ce qu’il a ressenti et ce qu’il a voulu rendre. Le carnet de voyage se fait livre d’artiste. Se dévoile ainsi un pan ignoré de la création artistique contemporaine, ou comment les artistes aborigènes concilient l’art traditionnel, communautaire et ancré dans la symbolique animale et végétale, et la représentation d’une expérience personnelle, confrontée au milieu urbain, thème jusque-là inconnu dans leur culture. II en résulte des images d’un syncrétisme surprenant. A noter qu’une postface circonstanciée explique la genèse du livre et donne quelques clefs sur la tribu des gond et son art.
Niveau de lecture : CDI

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